L,affaire Gilbert Rozon

05-01-2018 à 22:32:20
http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/christiane-charette/episodes/397624/audio-fil-du-jeudi-4-janvier-2018

Quand j'ai vu Pénélope [McQuade], ça m'a donné un choc. » À l'occasion d'un long entretien portant sur sa carrière, Julie Snyder revient pour la première fois sur les raisons qui l'ont poussée à se rendre au poste de police le 22 octobre dernier pour porter plainte contre Gilbert Rozon.

L’animatrice et productrice explique que le jour où elle a porté plainte, avant de se rendre à la police, elle venait tout juste d’écrire un texte pour les médias sociaux qui s’intitulait « Comme si de rien n’était ». Elle ne l’a d’ailleurs pas encore publié à ce jour. Dans ce texte, elle terminait en recommandant aux victimes d’agression sexuelle de porter plainte et elle donnait les numéros de téléphone appropriés.

« Et j’ai fermé mon ordinateur en me disant : "Je ne peux pas publier ça". Moi-même, je n’ai pas porté plainte, donc je suis qui, moi, pour dire aux autres : "Si vous avez été victime, portez donc plainte"? »

Je n’en ai pas parlé à personne et je suis allée au poste de police.
Julie Snyder

Elle craignait qu’on lui recommande de ne pas le faire parce que ça ne lui servirait à rien.

Elle explique également que c’est une série d’événements s'étant produits dans un court laps de temps qui lui ont donné le courage d’y aller, comme la dénonciation publique de Pénélope McQuade (et huit autres femmes) contre des agressions qu’elles auraient subies de la part de Gilbert Rozon, le fondateur du Groupe Juste pour rire.

Quand j’ai vu Pénélope, ça m’a donné un choc.
Julie Snyder

« Je ne savais pas pour Pénélope McQuade, je n’avais aucune idée, et quand j’ai vu qu’elle avait reçu cet été Gilbert Rozon [à son émission Les échangistes, sur ICI Radio-Canada Télé] et qu’elle l’embrassait comme si de rien n’était, je me suis identifiée à elle. Je me suis dit : "Moi aussi, j’ai fait comme si de rien n’était". »

Les victimes vont avoir ce réflexe au premier abord, raconte-t-elle. C’est un mécanisme de défense pour se protéger.

« Comme si de rien n’était, [les victimes] vont essayer de courir. Premièrement, de fuir au propre, mais aussi au figuré. Mais tu te rends compte que t’as beau courir, tu ne fuis pas quelque chose qui est derrière toi : tu fuis quelque chose qui est à l’intérieur de toi, donc ça va toujours te rattraper. »

Elle a aussi lu un texte d’Yves Boisvert, qu’elle considère comme le principal déclencheur de son geste. Cette chronique, publiée dans La Presse, revenait sur le jugement de 1998 portant sur une agression sexuelle posée sur une employée du Casino de Montréal. Malgré le fait d'avoir plaidé coupable, Gilbert Rozon avait alors reçu une absolution conditionnelle.

Julie Snyder croit que ce jugement a envoyé un message aux victimes : elles devront affronter les meilleurs avocats de la défense si leur agresseur est fortuné. Il y a peut-être une justice à deux vitesses, souligne-t-elle, qui avantage ceux qui ont de bons moyens.

« J’ai pensé à cette croupière. Depuis 1998 – ça fait presque 20 ans –, elle vit en se disant que justice n’a peut-être pas été rendue […]. Je pense que ce jugement a dû envoyer un message à beaucoup de femmes. »

Elle espère que des gestes comme le sien encourageront d’autres à ne plus garder le silence.

La vie est comme une fleur il faut en prendre bien soin